Romain/ février 14, 2020/ Portrait/ 0 comments

J’ai débarqué à Mantes-La-Ville un matin de mars 1982. J’avais embauché trois heures avant à la SNCF, à Paris-Saint-Lazare et mon chef m’avait dit, les présentations faites, que je devais me trouver une chambre de foyer où coucher le soir. Toutes les chambres de la région étaient occupées, sauf une, loin, me dit-on, au bout de la banlieue : à Mantes. C’est dire avec quel soin j’ai « choisi » mon point de chute !


J’étais rentré depuis sept mois d’Algérie, où m’avait conduit le service national, non pour faire la guerre (qui était finie depuis dix-sept ans) mais en tant que coopérant, dans l’enseignement. La plongée dans ce pays magnifique, aussi attachant et accueillant que difficile à vivre au quotidien, où à peu près tout marchait de travers, fut une expérience pour laquelle j’ai du mal à trouver les mots tant elle fut stimulante, enrichissante … et chaotique. A mon retour en France, je recherchai un emploi de conducteur de travaux, dans ma ville natale, Limoges. J’y avais commencé ma vie professionnelle comme ouvrier du bâtiment, expérience que là encore je n’ai jamais regretté et qui m’avait permis de poursuivre ma formation. Mais le moment était particulièrement difficile dans ce secteur. Aussi l’offre de la SNCF finit par me paraître un moindre mal, même si je m’étais juré de ne jamais venir travailler à Paris.


Voilà comment j’ai passé trente-deux ans à m’occuper de chantiers de toutes sortes, de jour et de nuit sur cette banlieue de Paris-Saint-Lazare puis en direction, quand je ne m’occupais pas de marchés de travaux ou de formations. Une vie professionnelle bien remplie dans ce monde si particulier du chemin de fer. J’ai connu les évolutions et soubresauts multiples de l’entreprise SNCF, je me suis agacé de ses lourdeurs, je me suis passionné pour ses savoir-faire et sa culture humaine et technique, je me désole aujourd’hui de la voir en souffrance et entraînée vers un fonctionnement où ni les citoyens ni les cheminots ne trouvent leur compte. Et le sentiment d’un immense gâchis.
Le passage en Algérie, la découverte du Sahara m’avaient suffisamment marqué pour me donner l’envie de poursuivre la découverte. Aussi ont suivi de nombreux voyages en Afrique de l’ouest. Cette autre humanité, qui vit si loin de notre cadre et de nos habitudes d’occidentaux n’a pas fini de m’intéresser. Malheureusement, une bonne partie de ces pays est aujourd’hui en proie aux troubles que l’on sait, qui rendent difficile d’y séjourner.


Je me suis toujours intéressé à la politique mais je ne me suis engagé pour de bon qu’avec le référendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen. Comme des centaines de milliers d’autres, je me suis dit que là, on voulait, sous des apparences doucereuses nous entraîner vers un monde où la démocratie ne serait plus qu’une façade trompeuse, sentiment renforcé par la morgue d’à peu près tout ce que notre pays comptait de « grands esprits », de brillants journalistes et autres guides du peuple ignorant. Et nous avons gagné, ce qui nous a valu des tombereaux d’insultes. Puis nous nous sommes fait voler la victoire, mais du moins les choses devenaient claires. Quant à notre bonne ville de Mantes-la-Ville, je l’ai prise pendant longtemps comme elle était, sans me poser de questions. Elle existait, depuis bien avant moi, elle était dirigée par des personnes certainement qualifiées, et élues pour cela, j’y vivais plutôt bien. Mes collègues et amis venaient presque tous d’ailleurs, c’étaient le plus souvent des bretons, des vendéens, des normands et aussi, pour le personnel ouvrier, des marocains. Les partis politiques vivaient leur vie d’organisations bien rodées, avec des militants expérimentés et dévoués. Et puis au début des années 1990, un drôle de vent s’est levé, et pas seulement à Mantes-La-Ville. Au plan national, le parti socialiste qui avait pris goût au pouvoir se faisait de plus en plus soucieux de plaire aux institutions supra nationales et au monde de la banque et des affaires, jusqu’à ce qu’un premier ministre se targue d’avoir privatisé bien davantage que ses prédécesseurs de droite : un socialiste se vantant de désocialiser ! A la clé, un deuxième tour des présidentielles avec le président du FN. Au fil des ans les militants se sont retirés des partis de droite comme de gauche et la politique est devenue affaire de techniques (« la gouvernance »), de professionnels, et de gré ou de force les idées des dominants ont pris le dessus.


Je n’ai rien contre les partis politiques, qui sont nécessaires au fonctionnement démocratique. A condition qu’eux-mêmes se conforment tant dans leur fonctionnement interne que dans leurs actes à cet impératif démocratique. Or l’usage qui est fait par les élus de leurs mandats, y compris au niveau municipal et intercommunal est trop rarement à la hauteur de cette exigence. Après des années de glissements et de dérives, le ras-le-bol de la population est devenu évident.En réaction, à Mantes-La-Ville comme ailleurs on a senti monter l’envie de prendre ou de reprendre en main notre vie collective, une envie que je partage pleinement.
C’est pourquoi je me suis joint sans me faire prier à l’aventure « Nous Mantevillois », qui trace son chemin quelles que soient les incertitudes, les difficultés, les nécessaires apprentissages et en assumant pleinement son envie de renouveler, d’inventer ou de réinventer une démarche qui corresponde aux enjeux politiques sociaux, écologiques qui se font aujourd’hui si pressants.


—🗳 Les 15 et 22 mars 2020 1er Tour Des Élections Municipales Avec Romain CARBONNE #NousMantevillois

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