Romain/ novembre 22, 2019/ Portrait/ 0 comments

Mantes La Ville c’est mon havre, mon port d’attache. Quoique j’ai fait, où que je sois allé j’y suis toujours revenu. Je ne dirai pas par attirance ou par choix mais par simplicité. Mantes La Ville est une ville simple. J’en ai connu les trois phases, l’expansion, la récession, la stagnation. Nous devons lui redonner une dynamique en phase avec notre époque, ses enjeux, notre jeunesse.

J’ai trempé mes premières couches quand la ville n’avait que 6 600 habitants, une grosse bourgade en jalousie avec ceux de la collégiale. Mes souvenirs en restent flous, trop gamin pour tout fixer et comprendre mais il reste une succession de sensations. Celle de la peur d’abord, 9 ans après la fin de la guerre les sirènes feront longtemps encore sursauter les adultes revivant leurs départs précipités vers la côte Mateau pour trouver protection. C’était aussi ce sujet dont les grands parlaient avec réticence, qui mêlait attentats de l’OAS à Paris, départ des proches au régiment, usure de ces conflits qui se succédaient Allemands, Indochine, Algérie, et le retour mal vécu des pieds noirs sur le sol gaulois. J’ai souvenir d’une grande suée une nuit, j’avais 4 ou 5 ans et j’étais persuadé d’avoir entendu un convoi militaire emprunter la route de Houdan en direction du sud, camions chaînes, moteurs bruyants, interminable. Quelques années plus tard je dus aux parachutistes une autre belle trouille, seul pendant quelque temps j’ai eu le malheur d’allumer le transistor pour apprendre que les paras débarquaient à Evreux et passaient par Mantes pour envahir Paris. J’ai eu du mal à avaler ma soupe. C’est dans cette ambiance marquée de conflits sociaux, de travailleurs qui faisaient 48 à 56 heures par semaine, qui disposaient de 15 jours de congés annuels, pas de samedi que Mantes La Ville s’est construite.

La mémoire des tickets de rationnement s’est finalement évanouie, le marché a déménagé de la place de mairie à son emplacement actuel, Les Plaisances ont poussé, les Belles Lances, le domaine du Breuil. Souvent les balades du dimanche après-midi étaient consacrées à aller visiter les chantiers ou les maisons témoins du Val Fourré ou de Magnanville (les chalandonnettes). L’esprit était à la conquête. Sulzer, la Cello, Hadfields, Selmer, Buffet et autres tournaient à fond. La ville se retrouvait au stade Léo Lagrange le samedi pour suivre les exploits du CAMV ou ceux des équipes corpos qui brillaient en championnat. En même temps il restait un peu partout des espaces laissés sauvages, potagers, friches, buttes de chantier. Tous étaient envahis par les mômes qui en faisaient des terrains de jeux. Et il y avait des merveilles que l’on croyait éternelles : les défilés costumés, la fanfare l’Avenir, les sculptures en silex de la maison en face de l’entrée du stade… Anecdote : jusqu’au début des années 70 on ne fermait jamais nos maisons, parfois même quand on partait en vacances, on n’avait pas l’habitude et peur de perdre les clés !!!!

Puis la roue de la finance a tourné. Les industries ont automatisé, dépaysé, fermé une à une. Le liant de la commune a disparu en moins de 10 ans. Tout s’est ralenti. Finie la file de cars qui emmenaient les ouvriers à Flins, Poissy, Les Mureaux. L’économie se tendait et jamais ne se seront autant développés l’accession à la propriété privée, l’accomplissement de l’individualisme. Après des décennies où les privations, les difficultés, la rareté obligeaient à maintenir des solidarités, la rescousse aux fins de mois impossibles s’est appelée crédit revolving.

De milieu ouvrier, catholique, militant de gauche j’ai été éduqué dans l’attention aux difficultés sociales. Ma vie professionnelle je l’ai consacrée à améliorer la vie des autres. Participant à la création de l’équipe de prévention du Val Fourré, ouvrant à 21 ans un atelier d’aide à la remise à l’emploi, lançant une des 12 bases de loisirs d’Ile de France, militant pour un accueil digne et sain des pratiquants de musique amplifiée dans des structures adaptées, parent accompagnant au CAMV athlétisme ou au FC MANTOIS 78. Aujourd’hui j’accompagne le développement d’une TPE positionnée sur l’amélioration du bien-être acoustique dans les bâtiments, les transports, les équipements sportifs.
Il faut sortir de notre stagnation actuelle. Le repli sur soi ne crée rien de constructif et cette stratégie a éteint notre commune, limité les initiatives, étouffé la vie collective. Par boutade j’avais l’habitude de dire que les ZUP étaient des ensembles d’immeubles construits par des architectes qui faisaient tout pour que leurs enfants n’y habitent pas. Mon ambition serait que Mantes La Ville deviennent une commune où l’on fasse tout pour que nos enfants aient envie d’y vivre ou d’y revenir.

Pour cela il va nous falloir changer nos habitudes, s’ouvrir aux énergies de chacun, favoriser nos rencontres, ouvrir nos esprits à l’autre, recréer du faire ensemble. Avec humilité et dérision parfois je porte cette flamme au sein de Nous Mantevillois avec Romain Carbonne car je crois en ce groupe humain qui s’est réuni sur des valeurs communes de respect des autres, d’attachement à la ville, de participation d’un maximum d’acteurs. La ville c’est notre commun, ce qui appartient à nous tous. Faisons que chacun y ait sa place, pleine et entière avec respect, envie et devoir.

André LE BOHEC – 65 ans – directeur commercial
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